Le tourbillon de la vie

Aurélie alias "Oh really" L'humeur du jour, Le quotidien 4 Comments

Je souffle. Assise sur le canapé, l'ordinateur sur les genoux et la tasse de café posée sur un guéridon au milieu de jouets d'enfant (c'est mon quotidien maintenant). Ça fait des mois que j'attends ce moment. Enfin, confortablement installée, après avoir déposé Louis chez la nounou, chaussé mes baskets pour un footing sur la plage, lancé une machine, trié le linge (et particulièrement les chaussettes de tout le monde), pris mon petit déjeuner (à 11h30), je prends enfin le temps de raconter mon quotidien, sept ans après avoir posé pour la première fois, le pied en Australie .
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L'être humain est assez doué pour s'adapter. On m'avait prévenu que la vie changerait après un enfant. C'est un fait que je peux dorénavant confirmer. Alors comme beaucoup, j'ai dû aménager mon emploi du temps.

Voilà comment se déroulent mes semaines : Trois choses principales rythment mes journées : mon travail dans un café, le Airbnb et bien sûr mon enfant.

Je fais 12 à 16 heures par semaine dans un café à Macksville. Une petite ville à 20 minutes de chez moi. Une semaine sur deux, je travaille le mercredi soir pour couvrir des évènements dans la salle de réception au même endroit. Je suis au bar et au service. C'est la maison de retraite à côté du café qui m'emploie. Ce n'est jamais une corvée d'aller travailler. Mes collègues sont charmants et la clientèle est très amicale.
Après 7 mois d'interruption, nous reprenons du service avec le Airbnb. Il était temps car nos finances étaient dans le rouge. Ça marche plutôt bien, nous avons eu beaucoup de réservations depuis la reprise à Pâques. L'hiver va sûrement ralentir un peu le rythme mais nous sommes confiants pour le début du printemps qui tombe fin août début septembre en Australie. Bien sûr, cela implique quelques heures de ménage en plus des corvées de nettoyage de ma propre maison, mais ça reste rentable. Tout est rentré dans l'ordre avec la municipalité et nos voisins. Nous sommes maintenant en règle et en bons termes avec tout le monde.
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Louis va chez deux assistantes maternelles différentes trois fois par semaine. Elles peuvent accueillir jusqu'à quatre enfants. Cela ne nous coûte environ que 10€ par jour. Le reste est pris en charge par l'État. Il adore y aller et nous adorons l'y déposer.
Il passe ainsi le mercredi avec moi et le vendredi avec son père.
Il a maintenant 1 an et demi. Il est très vocal mais pas encore très verbal. Chaque jour avec Louis apporte son lot de mignonneries. Plus il grandit et plus il devient affectueux et sensible. J'aimerais qu'il réalise la chance qu'il a d'évoluer dans un environnement si magnifique et propice aux découvertes. Ses bottes en caoutchouc sont ses meilleures alliées pour explorer le jardin et courir après les poules. Et les trois quarts de l'année, il a l'opportunité d'aller barboter tous les jours à la plage, dans des mares dignes de nos meilleurs souvenirs de vacances.

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Mes semaines sont également ponctuées de cours de français que je donne deux fois par semaine à Peter, un étudiant adulte. Elles ont lieu la plupart du temps par webcam et occasionnellement autour d'un café. Je lui apprends peu car il maîtrise déjà très bien la langue de Molière. Il a juste besoin de converser et d'apprendre ce que l'on ne nous apprend pas toujours à l'école.

J'arrive à trouver un peu de temps pour entretenir ma vie sociale. Avant d'emménager à Valla, j'avais peur de venir m'enfermer dans un endroit isolé où la langue et la culture seraient une barrière infranchissable pour être bien entourée. Je pensais même partir avec un sérieux handicap par rapport à Simon et son père, qui certes ne sont pas locaux, mais ont au moins l'avantage d'être australiens.
Finalement, de nous trois, je pense avoir réussi le mieux à développer mon réseau. Le fait d'être étrangère a été un atout. Comme moi, d'autres expatriées ont ressenti le besoin de se rapprocher les unes des autres. Ainsi, mes copines sont colombienne, italienne, argentine, polonaise et française. J'ai également quelques amies australiennes qui pour la plupart ont un enfant de l'âge de Louis.

Sereine, est le mot qui me qualifie le mieux en ce moment. Je vis dans une magnifique propriété entourée d'arbres gigantesques. Je ne me lasse pas de regarder leurs longues cimes, et leurs feuilles, qui frémissent avec le vent sous le soleil de l'hiver austral. Lorsque je pars courir sur la plage, il m'arrive d'être émue devant la beauté du paysage : la nature sauvage d'un côté, les collines au loin dans la brume de mer, des kilomètres de sable fin et la mer scintillante. Et si je suis chanceuse, je peux voir des dauphins ou des baleines de passage. Vu de la France, notre petite tribu vit loin de tout, mais au paradis.
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Et c'est lorsque que j'évoque la France que le tableau s'assombrit... Deux ans ont passé depuis ma dernière venue en France, et à l'heure actuelle, il est très dur de déterminer combien de temps je vais devoir attendre avant de pouvoir y retourner. L'Australie n'autorise toujours pas les voyages à l'étranger. Aujourd'hui, une infirmière m'a dit, qu'historiquement, il fallait toujours trois ans pour contenir les effets d'une épidémie. D'après elle, on en serait à la moitié. Si elle dit vrai, cela signifie que Louis aura trois ans lors de notre prochain voyage en France. Pour le petit garçon qu'il est maintenant, il ne se rappellerait de toute façon pas de ses premiers moments en France. Pour moi et ma famille là-bas, nous sommes tous affectés à l'idée que chaque nouvelle étape de son début d'existence, ne sont partagées qu'à travers caméras et appareils photo.
Nous avons vécu dans notre petite bulle, épargnés du virus pendant que le reste du monde devait s'adapter à un mode vie plus contraignant. Je relativise et je m'estime chanceuse. En vivant en Australie, nous avons été préservés de tout ce chaos. Ma vie en France, mon expatriation, ma rencontre avec Simon, l'emménagement sur une propriété rurale, la naissance de Louis, le quotidien en Australie et puis la pandémie mondiale... tous ces éléments font partie du tourbillon de la vie. Les années passent et de nouveaux événements surviennent. J'apprécie donc chaque bon moment. Je suis reconnaissante envers la vie. L'important est d'essayer de ne pas trop se soucier de la suite.
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Comments 4

  1. Bonjour Aurelie.
    Quel plaisir de lire le recit de ta vie decrivant si bien notre situation a la fois privilegiee et eloignee de ceux que nous aimons. Louis a tout de meme de la chance car avec Skype ta famille peu le voir grandir malgre l’eloignement. Je pense souvent a toi et te souhaite un bel hiver en esperant que le printemps arrive bientot avec des promesses de plus de liberte et moins de cas de Covid.

    J’ai particulieremant aime ta description des plages et de la nature aux environs de chez toi.

    Tes photos sont superbes et Louis est absoluent mignon. A cet age ils adorent les poules. Et elles aiment bien la compagnie d’un etre hamain en mignature.

    Ici nous allons vraiment bien. Mes cocottes proliferent toujours et ca m’occupe bien.

    Bises affectueuses de nous deux.

  2. Je vois que tu vas bien . Nous avons hâte de voir Louis et qu’il rencontre ses cousins et cousines . Mais il en profitera bien . Nous commençons à refaire des petites fêtes dans le jardin. On va fêter les un an des petites Lélya et Charlie en juillet et Annabelle va fêter ses 40 ans avec ses copains chez nous, il y a de la place. On a installé un grand barnum. On fera la fête quand les Australiens viendront tu peux être sûr. Les Massart et Martinet vont se retrouver comme d’habitude au rozel. Bisous

  3. Effectivement, c’est le tourbillon de la vie ! Et dire que j’ai le souvenir de ta visite surprise en France pour annoncer que tu allais être maman et à ce jour petit Louis court après les poules avec ses petites bottes !
    Merci de nous faire partager tous ces moments !

  4. Aurélie,

    Merci pour ce récit vivant qui nous fait partager ton quotidien.
    Il témoigne de ton plaisir de vivre en harmonie avec la nature qui t’entoure et t’aide à supporter les
    contraintes du Covid.
    Ce témoignage est une belle leçon de sérénité dans ce monde agité.
    En attendant de pourvoir te revoir en France ou peut-être un jour en Australie.

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