Une naissance dans des conditions un peu spéciales

Aurélie alias "Oh really" A Valla et ses environs, Le quotidien 4 Comments

Déjà deux mois que notre petit Louis est né. Le temps passe vite et pourtant, j'ai l'impression que sa naissance a eu lieu il y a une éternité. Un souvenir mitigé puisque l'accouchement n'a pas été une partie de plaisir et qu'à cette époque, les incendies en Australie ravageaient les régions environnantes. J'aurais aussi pu intituler cet article : "Louis et son baptême du feu" mais vu les circonstances, faire de l'humour aurait été particulièrement mal venu. Heureusement, notre petit garçon nous comble et ponctue cette période austère par de grands moments de bonheur.

Donner naissance est une sacrée expérience. Je suis plutôt tentée d'écrire "terrible" mais je ne peux parler au nom de toutes les femmes qui sont déjà passées par là. Certaines diront même peut-être que ce n'est pas si terrible que ça. Toutes m'ont dit qu'on oublie vite. Ce qui pour moi ne semble pas tout à fait juste. On n'oublie pas qu'on a eu mal, on est juste incapable de décrire la douleur et on ne veut pas effrayer les femmes qui ne sont pas encore passées par là. Le sketch de Florence Foresti sur l'accouchement prend alors tout son sens... Pour faire bref, fissure de la poche des eaux à 20h30, début des contractions à 23h30, arrivée à la maternité à 8h30, contractions jusqu'à 22h30 puis arrêt des contractions. 14 heures de douleur à essayer toutes sortes de positions (debout, sur le côté, dans l'eau, sur le lit, à côté du lit, sur un gros ballon...). Finalement j'ai eu une perfusion d'ocytocine pour que les contractions reprennent. J'ignorais alors que la douleur ressentie auparavant était 5 fois moins intense que ce que j'allais vivre dans les 5 heures qui ont suivi avant la fin de l'accouchement. Mon corps était tellement épuisé que je tombais dans un sommeil profond entre les 2 minutes qui séparaient chaque contraction. Tant de fois j'ai pensé que je ne serai jamais capable de mettre au monde mon enfant. J'ai voulu faire ma maligne en n'ayant pas recours à la péridurale. Maintenant que c'est passé, j'en garde une certaine fierté. J'aurais sûrement dit oui si on m'en avait proposé une aux moments les plus critiques. Finalement Louis est né, en détresse respiratoire car il avait le cordon deux fois enroulé autour du cou. Il est resté 45 minutes sur la table de réanimation avec toute une équipe médicale pour lui administrer les soins nécessaires sous le regard soucieux du papa. Il est maintenant en pleine santé.

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J'ai conscience que cette expérience est extrêmement personnelle et qu'il est discutable de la partager sur internet puisque c'est accessible à tous. Finalement, j'ai estimé qu'il ne devrait pas y avoir de tabou sur l'accouchement et qu'il s'agit seulement d'un témoignage parmi tant d'autres. En revanche, j'ai décidé d'avoir plus de pudeur concernant les représentations de notre bébé. Je ne tiens pas à prendre le risque que les images de lui soient récupérées et utilisées contre mon gré ou le sien.

Voilà pour ce qui est de la première partie de la naissance de Louis. Après être restée 24 heures à la maternité de Coffs Harbour, j'ai demandé à être transférée dans la petite maternité de Macksville où l'on allait bien prendre soin de moi et du bébé. Je me rappelle être sortie ce jour là et avoir été impressionnée par la chaleur et l'épaisse fumée qui couvrait le ciel et le soleil. On parlait des incendies aux alentours, on n'était encore bien loin de savoir que le pire était à venir... Louis étant un nouveau né exemplaire, j'étais fin prête pour le retour à la maison après seulement quelques jours à Macksville. J'avais beau être chouchoutée dans ma nouvelle maternité (seule patiente les premières 24h puis seulement une nouvelle patiente jusqu'à la fin de mon séjour) il était temps de rentrer. Dehors, l'ambiance était tout autre. Les feux se sont déclarés un peu partout autour de nous. L'un des médecins de l’hôpital avait déjà perdu sa maison. L'air est devenu très enfumé et l'exposition d'un tel niveau de pollution aux poumons d'un nouveau né était extrêmement déconseillée. De plus, les risques de se faire évacuer une fois rentrés à la maison étaient réels. Simon avait préparé nos valises, il était prêt en dernier recours, à abandonner aux flammes presque trois ans de dur labeur sur notre propriété. Moi qui était habituée à le voir toujours très optimiste, je l'ai vu pour la première fois inquiet et réaliste face au risque. Je suis donc restée une semaine enfermée à la maternité tandis que la région brûlait et que les habitants perdaient leurs maisons les uns après les autres. L'ambiance était apocalyptique et l'inquiétant brouillard que j'observais de ma chambre d'hôpital ne désépaississait pas.

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Un mois plus tard, la côte Est de la Nouvelle Galle du Sud comptait 673 maisons brûlées, 2 000 000 d'hectares partis en fumée et 6 personnes tuées. La situation chez nous s'est stabilisée. Les feux ont été maîtrisés mais nous n'avons pas vu la couleur du ciel pendant un mois. Le soleil avait pris une teinte rouge que nous n'avions jamais vue auparavant. Nous avons évité de sortir le plus possible de la maison pour ne pas exposer Louis à la fumée.

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Pendant ce premier mois, j'ai eu la chance d'avoir mes parents à la maison. On dit que le premier mois d'un nourrisson est le plus difficile pour les parents. Grâce aux miens, j'ai traversé cette période sans trop de difficultés.

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Avec tous les grands parents

A l'heure actuelle les chiffres liés aux incendies parlent d'eux mêmes. Le feu s'est concentré dans le sud du pays et c'est maintenant plus de 8 millions d'hectares qui ont brûlé, presque 2000 maisons détruites, 25 personnes qui ont perdu la vie et une faune complètement éradiquée. Nous nous inquiétons dorénavant pour Marg, John, la sœur de Simon et sa famille qui sont à leur tour dangereusement menacés. L'Australie brûle et le gouvernement actuel refuse de voir le lien avec le réchauffement climatique. Certes l'exploitation du charbon a fait la richesse du pays et apporté de nombreux emplois mais actuellement, l'Australie a le plus fort taux d'émissions de CO2 par habitant. Les politiques ont peur de remettre en question l'extraction et l'exportation de cet énergie fossile sous peine de perdre le soutien des électeurs. Pourtant l'Australie a d'autres ressources énergétiques comme le solaire et l'éolien. Mais il faudra attendre encore longtemps avant de franchir le pas. En attendant, notre petit Louis nous apporte beaucoup de joie et nous espérons sincèrement que son avenir sur notre planète ne sera pas compromis par les intérêts politiques et financiers de cupides égoïstes avides de pouvoir.

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Comments 4

  1. Donner à Louis toutes les connaissances nécessaires pour comprendre le monde est ce que vous pouvez faire de mieux. C’est l’ignorance et la certitude de savoir qui nous ont amené là. Apprenez lui la critique et la curiosité, le refus de la confiance aveugle, et avec votre mode de vie respectueux des ressources tellement loin de la plupart des autres habitants de la planète, vous aurez fait votre part. On ne sauvé pas le monde seul. Bisous d’encouragement.

  2. nous avons suivi tes aventures par tes parents, mais tu écris toujours aussi bien … la nouvelle génération sera moins bête , j’en suis sûr.

  3. It is wonderful that you write your feelings and thoughts with such honesty. Thank you for sharing. Louis has bought us all so much happiness. We are all blessed. I share all you options for the future of the planet and the hope’s for our children. Much love. Hope to come and share your beautiful home and Louis a bit in a month or two when the climate is better for travelling. Love around you all always.xxx

  4. Tu as raison de partager ton témoignage au sujet de ton accouchement ! Les femmes doivent en parler librement quelle que soit leur expérience. Tous les accouchements ne sont pas idylliques, il est bon de le rappeler.
    Tu es une warrior !!! Gros bisous

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